Clément Bentéjac : costume au placard, la combi enfilée

Partager cet article

​La semaine, Clément gère le timing serré de son agence de communication. Le week-end, il troque les dossiers pour la trajectoire parfaite des circuits. Mais ne cherchez pas chez ce pilote phare de l’Atlantic Trophée Karting le visage fermé des compétiteurs austères. Pour Clément, la vitesse est une thérapie par le rire, et la performance n’a de valeur que si elle se partage entre potes. Rencontre avec un Gentleman des pistes qui a fait de la camaraderie sa plus belle trajectoire.

2016 : La « claque » Rotax et le clan Picot

Pour comprendre l’histoire, il faut remonter dix ans en arrière. Février 2016, circuit de Mérignac. Clément s’installe pour la première fois dans un baquet de Rotax. Le verdict est immédiat, viscéral :

​« J’ai pris une claque et un bonheur immense. Je me suis senti à ma place. »

​Le virus est chopé. Reste à franchir le cap de la compétition. Ce sera chose faite grâce à une rencontre déterminante, celle de la famille Picot, qui lui met le pied à l’étrier, l’accompagne et le soutient dans ses premiers tours de roues chronométrés.

Depuis, Clément est devenu un visage incontournable des pistes régionales, arborant une fidélité absolue à l’ATK. Pourquoi l’Aquitaine plutôt que les sirènes des grands championnats nationaux qu’il fréquente parfois ? Pour une question de philosophie.

​« La grande différence avec les grandes compétitions, c’est la convivialité et la bonne humeur, du haut au bas de la grille », pose-t-il, avant de glisser un tacle plein d’ironie aux ambiances plus rigides : « En NSK par exemple, parfois les pilotes ne se disent pas bonjour en pré-grille. C’est un jeu mental. J’ai passé l’âge… »

Chef d’orchestre la semaine, pilote apaisé le week-end

Derrière le casque se cache un homme au rythme de vie effréné. Depuis seize ans, Clément dirige à Bordeaux une agence de communication, d’événementiel et de vidéo. Entre la gestion des collaborateurs, les rendez-vous clients et les dossiers à produire, l’agenda déborde. Une intensité qu’il recherche, épaulé par une « équipe formidable », et qui fait étrangement écho aux exigences du sport automobile.

​Pourtant, le karting n’est pas un stress supplémentaire, c’est son exutoire. « Cela m’a appris à canaliser mon excitation. Pour aller vite, il faut être calme. Ce qui n’est pas ma qualité première ! », avoue-t-il. Le paddock agit comme une cure thermale à haute dose d’adrénaline : « Cela me permet d’oublier le stress du quotidien, de me dépasser et de lâcher le trop-plein d’énergie. Après un week-end de course, je reviens apaisé. »

L’esprit MSP : De l’entraide… au jacuzzi

Si vous cherchez Clément entre deux sessions, suivez les éclats de rire. Vous tomberez à coup sûr sur la structure du Team MSP. Une véritable confrérie où la recherche de la performance n’étouffe jamais la camaraderie.

​« La MSP est incroyable », s’exclame le pilote. « On est là pour s’amuser entre potes, passer des week-ends avec des amis incroyables tout en bossant. On partage tous nos réglages, on s’entraide, on ne laissera jamais un pilote dans les emmerdes. »

Et quand on l’interroge sur son meilleur souvenir de « troisième mi-temps », un large sourire barre son visage :

​« Il y en a beaucoup trop… Mais si je devais en retenir un, c’est le soir de mon intronisation à la MSP. Une soirée mémorable dans un jacuzzi, on a beaucoup ri. J’espère que les photos ont été mises dans un coffre-fort ! »

​Cette joie de vivre est une arme redoutable. Loin de le déconcentrer, ce tempérament solaire lui permet de positiver, de balayer instantanément les déconvenues en piste et de ne jamais être rancunier.

​La course oui, mais entre Gentlemen respectueux

​Sur la piste, Bentéjac est réputé rapide, mais surtout extrêmement propre. Une sportivité érigée en art de vivre :

​« Il faut se faire respecter et être fair-play. Trouver l’équilibre. Accepter que l’autre soit meilleur. C’est donnant-donnant. Si on n’est pas sportif avec moi, je ne le serai pas. Mais il ne faut pas oublier qu’on ne sera pas Champion du monde de F1. On est là pour passer du bon temps, ne pas se faire mal. Pour beaucoup on est Papa, il ne faut pas l’oublier. »

​Cette facilité de contact lui permet de lier amitié avec tout le paddock, mécanos comme pilotes adverses, qu’il n’hésite jamais à aller applaudir après avoir été battu. Parmi ses piliers, il cite volontiers Simon Nadot, un ami rencontré grâce au karting : « Il m’apporte beaucoup. Parfois, quand il n’est pas derrière le volant, il fait ma mécanique. C’est un grand confort pour moi, et ça marche fort. »

Rituels, objectifs et avenir

​Pour gérer la pression des finales qui se jouent à quelques millièmes, Clément a trouvé la formule magique : reléguer le stress sur le bas-côté pour laisser le plaisir prendre le dessus. Mais attention, le pilote reste un compétiteur méticuleux. Juste avant de monter en piste, son rituel est immuable : un tour complet du kart en mode « check-list » mentale. Puis, une fois le casque enfilé, une habitude presque superstitieuse : il monte toujours dans son kart par le côté gauche.

​Et ça marche. Cette année, il s’était fixé pour objectif de remporter Muret. C’est fait. Pour la suite ? L’ambition est claire : « En défi, ce serait de retourner en NSK, faire une ou deux courses, voir mon niveau et si je suis capable d’accrocher un podium. »

​Concernant sa catégorie, il formule un vœu pour le milieu amateur : voir les plateaux Master / Gentleman s’étoffer à nouveau pour atteindre 25 à 30 pilotes, tout en conservant une rigueur professionnelle sur les décisions sportives et l’organisation.

​À ceux qui voudraient marcher dans ses pas, son conseil est simple : bien s’entourer, par exemple en se rapprochant d’un coach comme Mathis Parlant pour trouver la bonne structure. « On accueille tout le monde à la MSP, tant que les valeurs d’entraide et de bonne humeur sont partagées. »

​Le verdict du week-end réussi

​Pour Clément Bentéjac, la victoire ne se mesure pas uniquement au poids d’un trophée. Un week-end est une totale réussite selon trois critères très précis :

1. ​Que personne ne se soit blessé.

2. ​Avoir beaucoup ri.

3. ​Avoir été à la bataille sur la piste, quelle que soit la position.

​Trois mots pour résumer son ADN sur un circuit ? Camaraderie, Fair-play, et MSP – Race to win. Tout est dit.

Bientôt un autre portrait…

F.Blanc

Photos Karting-Sud.com