Dans le domaine de la course automobile, la passion se transmet souvent de génération en génération, telle une évidence mécanique. Pour David Galéa, cet héritage paternel représente le moteur de sa réussite comme celui de sa longévité. En effet, à 52 ans, fort de trois décennies d’expériences sportives, ce Girondin s’est imposé comme une figure emblématique de l’ATK. Cette expérience, aujourd’hui si précieuse, constamment enrichie par le soutien indéfectible de son père, lui a permis de se distinguer sur les podiums saison après saison et de se maintenir parmi les figures de proue du classement général.
Un dimanche à Martignas
L’histoire commence au cœur des années 80. À cette époque où les circuits étaient libres d’accès et constituaient la sortie dominicale par excellence, le jeune David, 10 ans, monte sur les genoux de son père pour quelques tours sur le circuit de Martignas, désaffecté depuis. « Voir mon père rouler ne m’intéressait pas du tout avant cette fameuse journée », confie-t-il. Ce tour de piste inaugural sera finalement le levier déclencheur, mais il ne le savait pas encore, d’une longue carrière de pilote de kart.



Depuis ce jour, le binôme père-fils ne s’est plus quitté. Si les victoires des débuts avaient une saveur particulière de consécration — à une époque où le père finançait tout, parfois au détriment d’autres choses pour assouvir cette passion commune —, ce sont aujourd’hui les moments hors-pistes qui priment. « Si je pouvais donner un conseil au jeune pilote que j’étais à mes débuts ? Peut-être de plus profiter du temps passé en famille sur les courses. Ce sont des moments qui restent gravés toute une vie. »
Entre rigueur et gestion du stress
Au quotidien comme dans les stands, la pratique du karting a infusé sa personnalité. Son métier dans l’aéronautique l’amène à gérer des équipes et des contraintes techniques élevées ; le paddock lui offre une passerelle évidente. « Le karting m’a appris à relativiser les choses et à gérer plus facilement le stress. Quand on est manager, il est important de savoir prendre du recul pour ne pas réagir à chaud. »
Pourtant, malgré son bagage technique, le kart refuse de se laisser mettre en équations simples. « Une chose est sûre, c’est que le karting n’est pas une science exacte, la vérité du moment n’est pas celle du lendemain, voire de quelques heures. Après pourtant tant d’années, trouver les bons réglages ou la bonne pression reste un casse-tête, mais c’est tout ce qui fait l’intérêt de notre sport. »



Pour lui, pas de grigri, pas de rituel avant d’entrer en piste : une simple vérification méthodique suffira à le conduire vers son but. « Je m’assure juste avant le départ que mes gants sont bien dans mon casque, lui-même bien dans mon baquet. » Puis vient l’instant de bascule. « Au moment d’enfiler les équipements, on s’isole du reste du monde. On pense au départ, moment clé où il faut absolument éviter l’accrochage. » Mais la pression reste à sa juste place : « Je me dis que cela reste un sport et que je ne joue pas ma vie. »
Le métronome des pistes de l’Ouest
Fidèle à l’Atlantic Trophée Karting, David Galéa y apprécie avant tout l’ambiance et la chaleur humaine qui le caractérisent. « On se connaît, on discute, on échange. La compétition est là, mais toujours dans un bon esprit. »
Sur la piste, sa méthode fait référence : une régularité chirurgicale. « Son secret ? C’est simple : si tu ne peux pas gagner, assure les points et évite les accrochages. Normalement, tu n’es pas trop loin du podium. » Une stratégie qu’il applique particulièrement sur ses tracés de cœur : Layrac, à la fois technique, rapide et vallonné, puis Nontron, avec son tracé sinueux, niché en forêt du Périgord.


Mais il n’oublie pas également que le karting sait aussi se montrer cruel. L’an dernier, David aborde la dernière épreuve de l’ATK en 3ᵉ position. Un choix pneumatique audacieux en première manche — parti en pneus pluie quand le plateau optait pour les slicks — le propulse en tête du classement provisoire avant la finale. « Je n’avais qu’un petit point d’avance sur le second, qui était plus rapide que moi. Celui qui finissait devant l’autre gagnait le trophée. Ça n’a pas été moi… Je le perds par le plus petit des scores : 1 point. »



Une défaite cependant accueillie avec philosophie, une attitude courante chez les « Gentleman » qui, après avoir partagé une manche intense sur la piste, la commentent déjà dès la pesée, dans une atmosphère souvent conviviale, ponctuée de regards, de clins d’œil, voire de taquineries, qui deviennent déjà des souvenirs indélébiles.
Cependant, il nous confie aussi que s’appliquer une préparation physique draconienne est pour lui un autre défi : « Chaque année, pendant l’intersaison, je me dis que je vais me préparer ; et chaque année… rien ! À mon âge maintenant, je ne vais pas me refaire », réplique-t-il avec un sourire.
L’expérience des sommets nationaux
S’aligner sur des épreuves comme la NSK ou la Coupe de France reste pour David une source d’excitation renouvelée. « On est content de pouvoir se frotter au gratin français, mais on se dit aussi qu’on est petit quand on voit les motor-homes et la débauche de moyens. » L’atmosphère y est différente, plus cloisonnée et cadencée à la minute, une expérience réellement enrichissante.


Parmi ses grands moments de bravoure, un souvenir de 1992 reste gravé avec un éclat particulier. Qualifié pour le Championnat de France Formule France à Ganges, sur une séance qualificative disputée sur seulement deux tours par groupes de vingt, le jeune Galéa surprend tout le monde : « Personne ne me connaissait et j’ai détenu la pole position jusqu’au passage du tout dernier groupe où la piste s’est améliorée. En manches, je finis devant le pilote usine Alpha — marque sur laquelle je roulais aussi. À la fin, les frères Sabatier, les constructeurs, sont venus discuter et regarder nos réglages. Un grand moment de fierté. »


Évolution technique, regard sur la discipline
Avec un parcours sportif qui lui a permis de traverser de nombreuses saisons, David a vu le matériel se transformer radicalement. L’arrivée du refroidissement liquide, des embrayages et des démarreurs électriques a relégué « la poussée » au rang des souvenirs, tout en apportant une fiabilité accrue aux mécaniques comme aux lubrifiants.
« Néanmoins, le technicien alerte sur la dérive du prix du matériel. “À mes débuts, tu avais un moteur neuf pour la moitié d’un salaire, ça laisse rêveur maintenant. Il faudrait impérativement revenir à des formules de promotion pour réduire les coûts au maximum, car les karts se sont complexifiés et les prix se sont envolés. Cela, je pense, peut engendrer dans un avenir proche une baisse du nombre de licenciés, car n’oublions pas : c’est aussi le monde qui attire le monde.” »

Transmettre et ne jamais rien lâcher
Généreux dans les paddocks, il n’hésite jamais à échanger avec la relève. « Je ne cache rien sur mes réglages. Mais attention : un réglage n’est valable que pour un pilote, une piste, une température et un style de pilotage. Cela reste une base de travail. » Aux jeunes loups, il délivre un message limpide : « Prenez du plaisir, savourez chaque moment, surtout en famille. Ne rechignez pas à vous entraîner sous la pluie ou dans le froid : plus vous aurez du roulage, plus vous serez performants. Et surtout, restez humbles et ne lâchez rien jusqu’au drapeau à damier. Même dans le dernier tour, il peut se passer beaucoup de choses. Le sport auto vous rappelle à chaque course que rien n’est jamais acquis.


Le regard tourné vers l’avenir
S’il garde dans un coin de la tête l’envie de signer à nouveau une belle performance au niveau national, David envisage déjà la suite avec sérénité. S’éloigner des circuits me semble actuellement impossible : « Donc, le jour où il faudra m’arrêter de rouler, pourquoi pas aider la ligue d’une façon ou d’une autre, qui sait ? »
Et si on lui donnait les clés d’un projet idéal ? La réponse ne tarde pas, mêlant à nouveau ses deux fils conducteurs, le terrain et la technique : « Gérer une piste de karting avec un petit banc d’essai. »
Une chose est certaine : qu’il soit au volant, les mains dans la mécanique ou au bord de la piste pour apporter ses conseils, David Galéa continue d’incarner une certaine idée du karting, où la recherche de la performance et la diminution des coûts, ne s’éloigne jamais du plaisir et des valeurs humaines.
F.Blanc
Bientôt un autre portrait…
Photos Karting-Sud.com / Kartmag
