Roman d’un Gentleman Driver : Phelippot, la perfection sans concessions

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​Dans l’univers de l’Atlantic Trophée, son nom évoque une double réalité : la précision d’un pilote d’expérience et une générosité humaine sans équivoque. À 47 ans, Roman Phelippot incarne complètement l’essence même du « Gentleman driver ». Guerrier dès que la visière s’abaisse, il redescend du baquet pour redevenir ce camarade bienveillant, prêt à partager ses conseils ou à manier l’assistant Excel.

​Du tout-terrain au déclic de l’asphalte : une histoire d’amitié

Rien ne destinait pourtant le natif des circuits d’Aquitaine à faire briller le groupe OTK et la mécanique IAME sur les pistes régionales. Pendant dix ans, c’est en motocross que Roman brûle sa passion du deux-roues. Mais en 2010, le désir de se tourner vers un sport mécanique moins dangereux, combiné à une aventure humaine poignante, change la trajectoire de sa vie.

« Sébastien Dassé, l’un de mes meilleurs amis, roulait en kart loisir. C’était l’occasion idéale de passer du temps ensemble. Comme il était paraplégique, cela nous permettait de rouler ensemble et de batailler sur la piste. Tout a commencé comme ça. »

Cette impulsion fraternelle pose les fondations de son aventure. Après de belles années à faire ses armes en UFOLEP, l’envie de se mesurer à des plateaux plus relevés (Kart Mag, IAME Series) le pousse logiquement vers la FFSA et l’Atlantic Trophée dès sa création en 2018. Un hommage vibrant brille d’ailleurs toujours dans son regard, dédié à ce cher Sébastien, parti en 2018, avec qui l’étincelle s’est allumée.

La méthode du « Contrôleur de Gestion » : rigueur et obsession du détail

Dans la vie civile, Roman est responsable de la maîtrise d’ouvrage des systèmes d’information pour le groupe Fayat, leader mondial du matériel routier, après 15 ans passés comme contrôleur de gestion. Entre les déplacements aux quatre coins du globe pour les usines du groupe et un emploi du temps professionnel très chargé, la compétition exige une discipline martiale. Le calendrier des sept courses de l’Atlantic Trophée — jamais à plus de trois heures de route — trouve naturellement la place stratégique que choisissent de nombreux pilotes dès sa sortie, le frigo familial.

Au bureau, faire du karting à 47 ans lui vaut parfois un statut d’OVNI auprès de ses collègues curieux. Mais pour lui, le paddock et la piste sont un exutoire essentiel, un point d’équilibre soutenu avec amour par son épouse Alexandra et ses enfants, Thomas et Camille, qu’il ne remerciera jamais assez. 

Cette rigueur professionnelle, il la transpose directement dans son stand. Associé depuis de longues années à Guillaume Peturaud — tour à tour ami, mécano et mentor —, Roman forme un binôme où le hasard n’a pas sa place :

« Nous avons un point commun avec Guillaume : on n’aime pas le « à peu près » et on aime quand « ça brille ». Nous nous faisons un point d’honneur à tout faire nous-mêmes, et cela fait très longtemps que nous n’avons pas abandonné pour cause mécanique. Rien de tout cela n’aurait été possible sans lui : merci d’avoir partagé nos galères, nos réussites et tous ces week-ends les mains dans le cambouis avec la même exigence au fil des années. »

Souvenirs marquants et fidélité mécanique

Sur la piste, si la maturité apporte la régularité avec une vision de la stratégie, le feu sacré, lui, ne s’éteint jamais. Parmi ses plus beaux exploits, deux moments restent gravés au fer rouge :

• Pers (2014) : Une magistrale 2ᵉ place sous une pluie battante au KartMag, partagée dans la joie avec sa bande de copains (Mario Coelho, Guillaume Peturaud, Michel Mothe, Benjamin et Lionel Pecquet).

• Le Val d’Argenton (2025) : Une pole position mémorable signée lors de la Coupe de France.

Côté matériel, l’équipage reste d’une fidélité absolue au IAME X30 et au châssis OTK. Alors que le plateau de l’Atlantic Trophée s’est majoritairement orienté vers le Rotax ces dernières années, les inséparables s’accrochent fièrement à leur mécanique. Face aux catégories Master et à une jeune garde affûtée, l’expérience parle. Dans un trophée où les écarts de chronos se sont considérablement resserrés, Roman ne lâche rien et maintient ses moteurs performants au sommet de la hiérarchie

Un esprit de paddock inébranlable

Au-delà de ses régulières apparitions sur le podium, Roman se distingue par sa contribution à la vie du paddock. Titulaire de la double casquette de pilote et d’artisan logistique, c’est lui qui compile bénévolement les tableaux de classement général du championnat à chaque fin de week-end.

Mais c’est surtout par son altruisme qu’il marque les esprits. Toujours prêt à donner un coup de main ou à offrir de précieux conseils aux novices sur l’organisation ou les pièges à éviter, il incarne les valeurs pures du sport :

« Le kart est un sport très individuel, mais l’esprit d’équipe et la bienveillance y ont toute leur place. Qu’il s’agisse des coups de main généraux lors des changements météo de dernière minute ou de la récente « course des mécanos » organisée par l’ASK Nontron à Teyjat, l’entraide ici est réelle. »

Pour Roman, un bon « Gentleman driver » se résume en trois mots clés : le respect, la transmission et la solidité — tant sur la piste que dans la tête.

Course des mécanos

L’art du self-control et la passion intacte

À l’âge où la raison est de mise, la gestion de l’échec a mûri, mais la hargne reste la même. Quand une manche tourne mal ou qu’un accrochage survient, il avoue qu’il lui faut généralement « jusqu’au mercredi suivant pour passer à autre chose ». Cependant, l’autodiscipline et le physique entretenu par une pratique sportive régulière hors circuit lui permettent de rester au sommet de sa forme.

À la fin de chaque week-end, une fois le casque posé, le premier réflexe de Roman, avant même de partager son éventuelle coupe ou de calculer ses points, est toujours le même : envoyer un message de remerciement à son complice de toujours, Guillaume.

Alors que chaque nouvelle saison remet les compteurs à zéro avec de nouvelles pistes et de nouveaux défis, Roman Phelippot continue de croquer la compétition à pleines dents. S’il sait qu’un jour il faudra peut-être recentrer les budgets sur d’autres priorités familiales, il ne garde qu’un cap pour l’avenir : laisser l’image d’un solide guerrier sur la piste, et celle d’un homme de respect et d’entraide en dehors.

À Sébastien…

Bientôt un autre portrait…

F.Blanc

Photos Karting-Sud.com / KSP