Une trajectoire nommée Taillade

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Avant d’user ses gommes sur les circuits de l’Atlantic Trophée, Jonathan Taillade a d’abord passé une quinzaine d’années à dompter les pistes de BMX. Fort de solides résultats à travers toute la France, il prolongera l’aventure « guidon » lors d’épreuves d’enduro loisirs en Aquitaine. Ce parcours riche et atypique le mènera inexorablement vers cet ADN à quatre roues qui sommeillait en lui : le kart.

Aujourd’hui, à 42 ans, voici le portrait de ce pilote de la catégorie Master, qui impose dans les paddocks une silhouette affûtée et un tempérament bien trempé, tout en faisant toujours preuve de gentillesse et de bienveillance.

​Entre couleurs et simulateur​

Sur la grille, Jonathan est facilement identifiable avec sa combinaison LN, parfaitement assortie au casque. Un choix esthétique mûri avec l’envie d’afficher haut les couleurs de cette référence du paddock. « Je porte ces équipements aussi comme un clin d’œil, avec ce style qui claque et ces teintes qui s’accordent parfaitement. J’ai de quoi avoir la classe sur la pré-grille, même si cela ne me garantit pas la pole au premier virage », glisse-t-il avec un large sourire.

Grand connaisseur et mordu absolu de Formule 1, ce puriste assume ses passions sans détour, avec une affection toute particulière, on s’en doute, pour McLaren et son fer de lance, Lando Norris. Plus qu’un simple soutien de fan, c’est une véritable philosophie de la course qu’il partage : la même simplicité et la même décontraction solaire que cultive le pilote britannique, Jonathan a choisi de les incarner jusque dans son antre, transformant son simulateur en un vibrant paddock aux couleurs de l’écurie.

Une simplicité qui pourrait d’ailleurs contraster avec la rudesse et l’esprit de la catégorie Master, sur un terrain où la maturité côtoie l’exigence physique. Mais Jonathan comme toujours s’adapte, il apprend et performe. Pour concilier la gestion d’une entreprise de peinture en semaine avec la pression d’une grille de départ le dimanche, la recette est directe : « Je ne gère pas… Je n’ai quasiment jamais d’entraînement possible par rapport à mon activité de peintre ainsi que mon engagement en tant que sapeur-pompier. »

L’œil du peintre, la trajectoire idéale

Ce métier d’artisan peintre, justement, façonne son pilotage de l’intérieur. Métier de précision, de patience et de finition, il s’avère être une école idéale pour appréhender la piste. « J’analyse très vite le support à peindre, j’essaie donc pareillement, de m’adapter rapidement à la piste », analyse-t-il, trouvant comme beaucoup dans l’exercice du karting, un parfait exutoire pour évacuer le tourbillon du quotidien. « En effet, car tout en vidant quelques réservoirs d’essence, je me vide également entièrement la tête. Preuve en est : à peine la course terminée, je me languis déjà de la prochaine ! »

Une bulle d’oxygène qu’il vit pourtant loin des siens les jours de course, par superstition autant que par pragmatisme. Interrogé sur la présence de sa famille dans ce quotidien partagé entre vie professionnelle et calendrier chargé de l’ATK, il confie : « Il est vrai que j’aimerais que ma famille, si essentielle pour moi, soit présente pour m’encourager… Mais dès qu’elle m’accompagne, on a constaté que mes résultats devenaient catastrophiques ! Alors, je suis là, seul, concentré. »

L’esprit de clan

Si le karting cultive l’image d’un sport farouchement solitaire, Jonathan puise une ressource inépuisable au sein de son club, l’ASK Layrac. Sa fidélité inébranlable au Trophée plonge d’ailleurs ses racines dans ces rencontres fondatrices. « Ce que j’aime, c’est que depuis que je suis dans ce milieu avec mon pote Nicolas Neypoux, que j’ai connu en 2019 comme bénévole chez les pompiers, nous avons réussi à créer des liens très forts avec des pilotes, parfois concurrents, et des mécanos avec qui nous partageons les galères comme les victoires. On a aussi pu, avec nos moyens, développer au fil du temps une installation hors du commun, qui nous ressemble, dans laquelle on se sent bien. »

Jonathan & Nicolas Neypoux

Au sein du club, l’ambiance se résume en deux mots : « Tip-top, parce qu’on est un bon groupe et que ça se fait dans la bonne humeur. » Un cocon stimulant où chaque acteur a son rôle à jouer. « Ils sont moteurs pour moi, surtout le n° 313, Andrew Brunsdon, qui est un ami dans les paddocks et une ligne de mire sur la piste. Sans oublier Jonathan Brovia, un mécano, un copain qui me pousse et m’aide à me dépasser. Je l’en remercie énormément. »

Jonathan Brovia

Du baptême épique aux ambitions de 2026

Rien ne laissait pourtant présager une telle trajectoire. Son histoire avec le karting débute en septembre 2022, avec l’achat d’un premier châssis et un baptême du feu en novembre de la même année. Une première course d’anthologie : « Il pleuvait des trombes d’eau, au point que la course a failli être arrêtée par l’organisation. Je me suis également trompé lors de mon inscription : ayant moins de 45 ans, je me suis battu avec les anciens « Gentleman ». Heureusement que j’avais déjà mon mécano, Nico, pilote et licencié également à Layrac, car grâce à lui, je n’ai pas été ridicule. »

Et pour le déclic ? Une suite de victoires partagées lors d’un Trophée inter-pompiers en kart 4-temps, remporté trois fois d’affilée. Déterminé, le néophyte apprend vite, parfois à ses dépens. Parmi ses souvenirs d’apprentissage, une leçon de piste reste gravée : « Le plus dur, ça a été lorsqu’un pilote est venu m’interpeller pas très tendrement, en me disant qu’il ne fallait pas doubler dans un certain virage, que ça ne passait pas, etc. Alors que moi, avec ma détermination et ma jeune expérience, j’ai pensé que “ça passait”. Mais avec du recul, il avait raison…ça passait pas ! »

Aujourd’hui, face aux débutants parfois perdus dans les réglages, qui « roulent pour rouler », il se revoit, sans nostalgie, dans l’apprenti qu’il était, mesurant le chemin parcouru depuis.

Le trac, lui, n’a pas pris une ride sur la grille : « Rien ne change concernant le stress avant le départ : il est identique à mes débuts. »

L’adrénaline, elle, par contre, atteint son paroxysme à un moment très précis du week-end : « Juste après les qualifications », précise-t-il, car c’est à partir de cet instant que les choses sérieuses commencent.

La quête et l’ultime confidence

En 2026, l’objectif est limpide : intégrer le haut du classement afin d’aller chercher le podium final. Pour y parvenir, le pilote identifie les derniers leviers à actionner : « Il faut encore que j’améliore mes points de freinage comme mes points d’accélération, mais le championnat est long et loin d’être terminé. »

Pour lui, le dépassement de soi ne se résume pas à franchir la ligne avant les autres, mais bien à battre son propre rival intérieur, nourri par des éclairs de lucidité chronométrique : « C’est battre mon adversaire en sachant que je réussis à obtenir le meilleur temps en course, comme l’an dernier à Escource. » Il espère pouvoir reproduire cela le plus souvent possible, car il sait depuis qu’il en est capable.

Et si le Jonathan Taillade d’aujourd’hui croisait le regard de son double d’il y a vingt ans au terme d’une course, la réponse serait fidèle à ses valeurs forgées sur les braises des pistes de BMX comme des casernes : « J’ai tout donné. »

F.Blanc

Bientôt un autre portrait…

Photos Karting-Sud.com